Haïti-Ueh/Crise : Les protagonistes appelés à choisir le chemin du dialogue

Par Jean Elie Paul

P-au-P, 4 fev. 2018 [CoupDoeil] — Un groupe de citoyennes et citoyens ainsi que de professeurs à l’Université invitent les protagonistes à choisir, de préférence, le chemin du dialogue pour résoudre la crise que traverse l’Université d’État d’Haïti (UEH).

Ils les exhortent également à mettre en place « « des mécanismes crédibles de médiation permettant d’aboutir à des compromis acceptables pour tout un chacun comme ceci s’est produit récemment au sein de l’École normale supérieure (Ens) ».

Ils réclament le retrait immédiat des corps de policiers invités à occuper certains espaces universitaires.

Ces citoyens et professeurs à l’Université ont fait cette déclaration  à la suite d’une réunion de travail tenue le samedi 27 janvier 2018, sur la crise à l’Ueh.

Ils critiquent les tentatives inacceptables de militarisation des espaces universitaires qui se sont concrétisées par la présence des agents du Corps d’intervention et de maintien de l’ordre (Cimo)  et de la Brigade d’opération et d’intervention départementale ( Boid), respectivement, à la Faculté des Sciences Humaines (Fasch) et à la Faculté d’ethnologie (Fe) depuis le jeudi 25 janvier écoulé.

Ils condamnent la décision prise par les autorités universitaires d’inviter des corps spécialisés de la Police nationale d’Haïti (Pnh) – qui, par ailleurs, ont une tradition répressive avérée et souvent dénoncée – à investir les locaux de la Fasch et de la Fe.

Cette décision non seulement trahit l’esprit de la Constitution de 1987 mais risque d’alimenter les tentations autoritaires du pouvoir en place.

La mesure prise en faveur de cette occupation, qui n’est pas susceptible de contribuer à la résolution de la crise, peut créer de nouveaux conflits, des tensions inutiles, alimenter des actes de violence tout en polarisant davantage les protagonistes de la crise.

Ces personnalités appellent à défendre l’Ueh qui doit bénéficier des conditions indispensables pour qu’elle soit capable de remplir la mission essentielle qui est la sienne au niveau de l’enseignement, de la recherche et des services à la communauté.

L’Ueh doit s’impliquer davantage dans la conceptualisation et l’expérimentation de solutions alternatives à la crise de société que nous vivons depuis trop longtemps.

Les signataires de la présente déclaration se disent disponibles à  participer à la mise en place de solutions négociées.

Ils affirment avoir démontré tout au cours de leur vie leur profond engagement pour la défense de la dignité de notre pays et la construction démocratique, contribué à former plusieurs générations d’intellectuels et de professionnels haïtiens et fait avancer de façon significative la réflexion théorique sur bon nombre de problématiques.

Ces personnalités encouragent à ne pas tolérer au sein de l’Ueh les actes de violence, les agressions physiques, les actes d’intimidation qui se sont produits au cours des dernières années allant jusqu’à des menaces de mort.

Elles plaident en faveur de l’adoption de sanctions contre les auteurs de telles actions « en se basant sur le résultat d’enquêtes minutieuses et non-partisanes ».

Elles jugent nécessaires, dans certains cas, l’intervention de la justice pour contribuer à établir la vérité des faits.

« La question de la sécurité des étudiants, des professeurs, du personnel administratif, des infrastructures de l’Université (salles de cours, bibliothèques, archives, laboratoires, etc.) est une question importante qui doit être résolue à l’intérieur de l’Ueh ».

Ces personnalités rappellent que les institutions d’enseignement supérieur constituent un précieux patrimoine collectif en Haïti.

Elles estiment aussi que « l’Ueh comme tout espace d’enseignement doit demeurer un espace autonome et inviolable », faisant référence à la Constitution de 1987.

Quelques antécédents

Rappelons que le jeudi 4 janvier 2017, le Conseil de l’université (Cu) de l’Ueh avait sollicité, dans les meilleurs délais, une présence policière dans l’enceinte de la Fasch et de la Faculté d’ethnologie (Fe), suite à une réunion en session extraordinaire, le mercredi 27 décembre 2017.

Depuis le mois de juillet 2017, des étudiantes et étudiants  se sont mobilisées pour réclamer la reprise des activités au niveau de cette entité.

Une situation de tension a régné, le vendredi 26 janvier 2018, à l’avenue Christophe après la pénétration des étudiants expulsés à l’enceinte de la Fasch dont la sécurité était garantie par des agents de la Police nationale d’Haïti (Pnh).

Des agents de la Pnh ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les étudiants protestataires qui ont aussi riposter par des jets de pierres.

Ces étudiants, dont douze de la Fasch, ont été expulsés de l’Ueh pour leur implication présumée dans des actes de sabotage des bâtiments du rectorat, de la direction des études post graduées, entre autres.

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