Haïti-Société : Politique, un concept mal perçu dans l’univers haïtien

P-au-P, 4 mai 2018 [COONEWS] — La politique, brièvement, peut se définir comme l’art de bien diriger, gouverner et mener un peuple, un pays ou une nation. Autrement dit, elle est la bonne  organisation de la communauté, l’affaire d’Etat. Et, si pour le grand philosophe Aristote l’homme est un « zoon politikon » un « animal civique, politique, social », cela signifie qu’il y a un lien étroit, une corrélation entre homme-société et homme-politique pour une parfaite équilibre d’une société. Personne ne peut donc  y échapper. La politique en quelque sorte est l’affaire de tous (dirigeants, dirigés). On ne peut en aucun cas concevoir la politique sans l’homme, sans la société.

En Haïti, certains veulent souvent dissocier pourtant l’homme de la politique par le simple fait que cette dernière, apparemment, est plutôt considérée comme l’affaire du coquin, du magouilleur, du bluffer. L’homme averti, l’homme religieux, pour eux, doit s’y mettre à l’écart.

Car, la politique appartient de préférence à la grande famille des menteurs, des corrompus et des inconscients. De ce fait, elle est très mal vue, mal comprise  aux yeux du peuple, puisque pour lui cette dernière est de la pure démagogie, la science du trompeur et du bon parleur. Ce, en raison de la façon dont les dirigeants, les responsables exécutent leur tâche à travers leur conduite, leur comportement affiché aux regards des mandants.

Plusieurs exemples peuvent en illustrer. Si l’on regarde effectivement le comportement de certains dirigeants après avoir brigué un mandat, la stratégie politique appliquée par certains gouvernements dans l’exercice du pouvoir, la relation existant entre les dirigeants et dirigés, on peut véritablement déduire que la “politique haïtienne”, comme le pensent certains, c’est de la démagogie creuse, du show off au lieu d’être la bonne gestion de la cité.

 

Cependant, si l’on reprend la fameuse définition d’Aristote, la politique c’est “la gestion de la cité, l’art de bien gouverner une communauté ou un pays”. Elle est aussi le lien, la relation existant entre les responsables et le peuple en vue de créer un climat serein; le noble moyen à travers lequel les structures étatiques prend source et les relations diplomatiques sont possibles. On a même cru qu’à un certain temps, ce sont les grandes idées, la politique qui mènent le monde. De fait, la politique a une importance cruciale en matière diplomatique et même économique au niveau relationnel.

Par ailleurs, contrairement à ce que pensent les autres, la politique dans son sens propre est une chose noble en ce sens qu’elle organise le fonctionnement de l’Etat, elle permet le dialogue et facilite les rapports étatiques, nationaux, internationaux et intergroupes. C’est donc grâce à cette dernière qu’on peut parvenir à une gouvernance efficace et efficiente. Elle tisse les liens diplomatiques et défend l’organisation collective des citoyens.

 

Personne ne doit pas s’en faire fi. Tout le monde a sa place. C’est l’affaire, l’implication de tous. Pas question d’un petit groupe ni de l’élite. Tout homme, toute femme doit fortement s’y impliquer en respectant les prescrits de la loi, de la constitution. De ce fait, il n’est pas normal de se comporte uniquement en spectateurs, en observateurs. Il faut s’impliquer, participer davantage aux choses de l’Etat, tout ce qui concerne le pays, la nation afin de participer aussi dans la construction, la gestion de la communauté. « Donk, okenn peyi pap janm chanje sin pa pran zafè politik li oserye ni san leta ak pèp la pa antann yo. Kèlke  swa sistèm politik ki adopte a, moun yo dwe enplike yo pou sa mache. Paske yo di souvan leta se nou tout, se pa sèlman chef yo ».

Les partis politiques, les facultés qui enseignent la politique, à cet effet, ont un rôle prépondérant et d’avant-garde à jouer en ce qui a trait à la formation des gens. Ils doivent les inculquer des notions de base jugées importantes, pour éviter tout équivoque, toutes idées préconçues qu’on peut faire de la politique. Et d’ ailleurs c’est bien le rôle qu’incombe les partis politiques en matière de formation surtout pour les jeunes. Il est inconcevable de voir même les gens avisés croient que la politique de part elle-même est une mauvaise chose. Car, elle facilite ou crée la division, le conflit. On croit que c’est absolument faux d’y penser.

In fine, il est un impérieux devoir pour qu’il y ait de bon partis politiques dans le pays, qui joueront correctement leur rôle, leur mission et qui soient capable d’orienter le peuple. Les groupes de référence, les associations, les organisations sociales, de la société civile, les leaders d’opinions, les Etudiants, etc… ont tous également leur partition à jouer. Et, comme le pense Dominique Wolton, les trois acteurs: hommes politiques, journalistes et l’opinion publique qui ont la légitimité de s’ exprimer publiquement sur la politique, doivent justement se convertir en formateur en vue de réorienter le public afin de mieux embrasser, comprendre et apprécier la politique à sa juste valeur et comme science.

Jean Marc SENATUS,

Communicateur Social

jnmarcsenatus@gmail.com

 

Crédit photo: loopHaïti

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