Haïti-Société : L’enfant en situation de handicap, dans le contexte social haïtien, une double discrimination…

Credit Photo: hpnhaiti.com

P-au-P, 6 mai 2018 [COONEWS] — Le concept d’enfant, dépendamment de l’époque et de l’ordre social, a une représentation propre; ce que Ariès Philippe appelle une construction sociale. Ainsi, à l’époque médiévale l’enfant était présenté comme un adulte en miniature. Avec l’évolution des sociétés, soit au XIXème siècle, l’enfant était différencié de l’adulte, autrement dit, sa place était primée dans les familles. À un point tel que nous avons eu le fameux les enfants d’abord.

Malgré cette nouvelle considération, l’enfant en tant qu’individu humain ne cesse d’être peu traité ou mal traité. Dans certaines sociétés comme Haïti, l’enfant est perçu comme un être vulnérable, un individu de second ordre. Cet état de fait, est expliqué par les divers problèmes dont le quotidien de l’enfant haïtien est exposé: manque d’encadrement, d’affectivité, maltraitance, l’abandon et, la non ou peu liberté de choix et d’expression. Au-delà de tout, c’est un sujet de Droit c’est-à-dire, une personne qui a ses droits et ses devoirs. En ce sens que, l’enfant est défini par la Convention Internationale Relatives aux Droits de l’Enfant en 1989 dont adopte Haïti comme: « tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable». Cette généralité de l’enfant, devient plus préoccupant lorsqu’elle se réfère à une catégorie d’enfant bien spécifique, telle les enfants en situation de handicap.

Les appellations ironiques comme : kokobe a, egare a, bègwè a, kannannan an etc. sont d’autant éléments stigmatisants qui traduisent le quotidien de l’enfant en situation de handicap. Pourtant, l’essence du problème ne réside pas dans la dimension déficitaire: le handicap ne s’identifie ni à la déficience, ni à l’incapacité, il est la résultante d’une contradiction, certes non antagonique, mais réelle entre la déficience et l’environnement, au sens large du terme dans sa dimension culturelle. Aussi, le définit on, comme l’ensemble des barrières sociales, économiques, idéologiques, politiques, physiques etc. qui empêchent la personne vivant avec une déficience de participer aux activités de la vie (Haïti : Un modèle d’exclusion, un échantillon de lutte pour l’inclusion des personnes handicapées dans le Tiers Monde, Intervention à la commission des affaires sociales et de l’environnement du Parlement Européen, 16 mars 2011, Dr PEAN Michel).  Cet état de fait renvoie d’une part à l’absence d’un système de protection sociale et d’autre part au manque d’implication de l’Etat dans l’amélioration des conditions de vie de cette catégorie.

Selon une étude réalisée par l’Unicef en 1991 sur les enfants en situation difficile en Haïti, les enfants en situation de handicap sont présentés parmi les enfants les plus marginalisés et exclus de la société (Les enfants handicapés, parmi les plus marginalisés dans le monde, 29 mai 2013, Unicef). Selon M. Péan (20011, op.cit) seulement 4% des enfants en situation de handicap en Haïti ont accès à l’éducation comparés au 74 % des autres enfants qui ont accès à l’éducation. Selon le gouvernement haïtien en 2007 près de 20.000 enfants haïtiens vivaient avec un handicap (); et, sans mettre hors-jeu les conséquences négatives du tremblement de terre du 12 Janvier 2010.  En effet, ces éléments laissent dire que la situation des enfants en situation de handicap est très complexe.

Malgré quelques dispositions prises par les récents gouvernements haïtiens : la création du Secrétaire d’Etat à l’Intégration des Personnes Handicapés (SEIPH) en 2007,  la signature de la convention relative aux droits des personnes handicapées et son protocole facultatif (2009), la signature de la convention interaméricaine pour l’élimination de toutes les formes de discrimination vis-à-vis des personnes handicapées en mars 2012, l’adoption d’une loi nationale sur l’intégration des personnes handicapées, la signature de la Convention Internationale des Droits de l’Enfance (CIDE) dans son Article 2 qui consacre le principe de non-discrimination envers les enfants handicapés et l’Article 23 qui stipule « les parties reconnaissent que les enfants mentalement ou physiquement handicapés doivent mener une vie pleine et décente, dans des conditions qui garantissent leur dignité, favorisent leur autonomie et facilitent leur participation active à la vie collective » (Loi portant sur les personnes handicapées, Le Moniteur); l’amélioration des enfants en situation  de handicap reste un fait très douteux car, malgré tout cela, le respect des enfants en situation de handicap en tant que sujet de droit n’est qu’utopie.

Credit photo : hpnhaiti.com

 

Marie Louise REMY

Etudiante finissante en psychologie (FASCH)

Facebook Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *