Haïti-Société: Le goût amer de la misère en Haïti

 AFP PHOTO Thony BELIZAIRE                                                                                                                                                                                                        P-au-P, 23 avr. 2018 [COONEWS] — L’histoire Biblique rapporte que l’homme a été créé pour vivre heureux. La désobéissance  d’Adam et Eve a détourné Dieu de son but premier pour l’humanité.
Par conséquent, il dit à l’homme qu’il doit avec acharnement lutter pour gagner son pain quotidien. Dès lors, l’espace terrestre commençait vraiment par turlupiner. On assistait à tout : guerre, débauche, division de territoire, misère, etc. Une situation qui a occasionné une entropie générale à travers le monde qui se trouve réparti en pays fortement industrialisés, pays du nord, pays émergents, pays en voie de développement, pays faiblement industrialisés, pays du sud, pays sous-développés.

 

Haïti se situe au rang de ces derniers. Elle est au seuil de la pauvreté extrême. Elle est confrontée à de grandes difficultés socio-économiques qui exposent ses filles et fils à toutes sortes de misère. Partant de ce constat, on va  décrire la triste condition dans laquelle végète le peuple haïtien.

Le terme misère est très courant dans l’univers haïtien. Il se trouve directement au voisinage de l’homme pauvre. Il est en fait, selon le petit Larousse l’« Etat d’extrême pauvreté, de faiblesse et d’impuissance ». Il exprime la pire situation à laquelle confrontent les démunis. Pourtant, l’être humain, étant un être social, doit mener une vie décente et équilibrée. Sa vie est d’ailleurs conditionnée par la santé, la propreté, les vertus sociales et le goût de vivre mieux. Dans ce cas, il est inconcevable et inacceptable de voir des gens qui, pour répondre à leurs besoins primaires, sont obligés de se livrer à toute sorte de pratiques.

D’une part, des jeunes filles bien portantes se livrent à la débauche, les dérives sexuelles en vendant leur dignité et leur virginité. De jeunes hommes avec leur sang froid, qu’on devait retrouver sur les bancs d’école, s’adonnent plutôt aux actes illégaux et immoraux en  consommant de la drogue, en se livrant au vol, à la criminalité, etc. pour subvenir à leurs besoins.

D’autre part, la situation des marchands ambulants ne saurait laisser personne indifférente. Elle ressemble à un véritable calvaire où, pour gagner leur pain quotidien, ils se mettent à balader à travers les rues, surmonter d’un lourd panier sur leur tête en criant à haute voix et à longueur de journée : « Men machann sèl ti mamit gwo mamit ;  pistach griye byen griye ; kabichcho fwomaj ; patat bouyi patat bouyi ; dlopyas dlopyas ; alaska ti galon ; bwè mizè blodè nou ; ze bou yi fig mi ; penbere penbere ; konparèt konparèt ; men te pou gaz… ». Tels sont leurs cris, imprégné de détresse. La misère,  semble-t-il, est partout et en tout.

Une autre catégorie, pour survivre, se convertit en vidangeur, cireur de bottes, « chargeur de véhicules de transport en commun et commerciaux » (maladjè ou lepandjè  dans le langage vulgaire) et manutentionnaires. Malgré leur dur travail, ils reçoivent une somme qui ne leur aura valu qu’un plat de « Chen janbe » accompagné  d’un sachet d’eau ou de jus (mizèblòdè). Ils ne savent enfin ce qu’ils vont apporter à la maison, tandis que leur femme et leurs enfants attendent impatiemment leur retour.

La situation de misère rend les parents irresponsables et désintéressés par rapport aux devoirs qu’ils ont à l’égard de leurs enfants qui sont définitivement livrés à eux- mêmes. La misère en Haïti est l’une des clés qui ouvre la porte  aux phénomènes de la délinquance juvénile et de la domesticité. Donc, comment concevoir que des enfants qui devraient être  sous la responsabilité de leurs parents, sont maintenant les propres artisans de leur destin. Ces derniers, pour joindre dans la vie les deux bouts, essuient des pare-brises à raison de cinq (5) gourdes par véhicule dont le chauffeur est consentant. Ils dorment à la belle étoile et ignorent toutes les règles d’hygiène, faisant ainsi fi de toutes les vertus sociales.

Quant aux enfants en domesticité, leur vie semble marquée du sceau de la misère. Ils sont là uniquement pour rendre service à autrui. En dépit du fait qu’ils travaillent jour et nuit, ils sont toujours vêtus d’habits sales  et retapés. Ils n’ont pas accès au plaisir, au loisir voire à l’éducation. Le jour et la nuit ne présentent aucune différence pour eux.

Certains individus voulant servir de bons parents à leurs enfants se portent volontiers à tout faire. Bon nombre d’entre eux, quand même chanceux, prennent le chemin des manufactures, des industries ou des usines. Cependant, la vie à l’intérieur des industries est synonyme d’enfer. Ils vendent leur force de travail à vil prix. Déjà rémunérés en deçà du travail fourni donc sous-payés, dès fois ils sont contraints de faire de la grève pour réclamer leur exécrable salaire. Or, ce maigre salaire ne suffit que pour leur permettre de s’acquitter de leur dette.
D’un autre côté, certains désœuvrés, pour tromper leur faim, se perdent dans des jeux de hasard (pokè, domino, lewouj, pikekole…). Dès fois ils s’assayent sur le mur de leur maison juste pour admirer ou intimider les passants.

D’autres gens, sous prétexte que certains métiers sont défavorisés en Haïti, préfèrent se livrer dans des actes illégaux et honteux dont le viol, le vol, le kidnapping pour  combattre la vie.    Souvent ils consomment de l’alcool et prennent de la drogue. Des comportements susceptibles de les détruire encore plus. Une catégorie de ces individus se considère comme des « démarcheurs », « raquetteurs » s’installant devant  la  Direction Générale des Impôts (DGI), les Archives nationales ou la Direction de l’Immigration dans l’objectif de proposer leur aide aux personnes en quête de services offerts par les institutions sus citées. Ils se sauvent souvent avec l’argent reçu des citoyens sans leur fournir les services offerts. Les conditions d’une bonne partie de la population est très précaire et miséreuse : pas assez d’emplois, pouvoir d’achat très faible, pas d’accès à la nourriture, à l’eau potable et au logement. La misère semble prendre le dessus sur tout. Les gens habitent dans des banlieues sous des toits en pisés délabrés. Ils font leur besoin  à même le sol ou dans des latrines mal tenues, situées à proximité de leurs maisons. Tout ceci expose la population à la pire promiscuité. C’est le cas de dire qu’une bonne frange de la population vit dans des conditions infrahumaines des plus abjectes.

Fort de tout ce qui précède, il est évident que ce vieux démon aux yeux et au cœur noirs dénommé « misère » se manifeste sous différentes formes en Haïti. Néanmoins, si on s’amuse à regarder la vie en face sans rien faire et à penser que rien n’est possible, on risque de tomber dans une nuit d’encre en s’enfonçant davantage dans la misère. Donc, il faut lutter quotidiennement du bec et des ongles pour éviter de tomber dans l’ombre d’une journée voire même l’avenir. Car, la vie est de fait un combat de tous les instants. On doit se battre malgré tout et surtout si on veut réussir et éviter les voies illégales. L’appel est donc lancé à tout un chacun surtout aux citoyens et ressortissants haïtiens qui évoluent à l’étranger de venir supporter le pays, afin de permettre à celles et ceux qui sont dans le besoin de regarder l’avenir avec plus d’espoir. Aussi petite que cette contribution puisse être et, quelle que soit la forme qu’elle empruntera, elle pourra aider le pays et ses habitants à sortir du marasme dans lequel il se trouve aujourd’hui. Car, la pauvreté n’est pas une fatalité ni un sort réservé au peuple haïtien. On n’est pas condamné  à être pauvre ni  à  vivre  dans la misère. Il suffit de rassembler toutes les forces vives de ce pays, que les plus forts soutiennent les plus faibles, qu’ils les aident à se battre pour s’en sortir. Ainsi, la misère diminuera graduellement et chaque personne respirera un nouvel air.

Jean Marc SENATUS,

Communicateur Social

jnmarcsenatus@gmail.com

Credit photo: Loop Haiti

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