Haïti-Presse : Le métier de journaliste pris en otage par certains charlatans

illustration: Des journalistes exerçant leur métier en Haiti – Crédit : MINUSTHA
Photo Logan Abassi UN/MINUSTAH

Par Jean Marc SENATUS

P-au-P, 08 mars 2019 [COONEWS] — La Technologie de l’Information et de la Communication (TIC) facilite la transmission rapide de l’information vers le grand public. Grâce à elle, le monde est en parfaite connexion et devient, comme dit  Mc Luhan, un village global.

Ainsi, le besoin d’informer paraît évident et crucial pour bon nombre de gens. Tout le monde, quel que soit son champ d’étude, aurait dû être informé sur les faits d’actualité pour éviter toute désinformation possible, pour être capable aussi de donner son opinion, son avis sur ce qui se passe (culture générale). Car, on ne peut opiner que si on est bien informé. Il est donc d’une importance capitale de rester accrocher avec                  l’information.

Comme on le dit souvent, l’information c’est le pouvoir, celui qui a l’information a le pouvoir. Et si  ”l’information est considérée comme la prière du matin de l’homme moderne”,  il est alors évident et utile pour que les gens soient toujours informés de ce qui se passe à travers leur pays et même à l’échelle mondiale. A cet effet, le journalisme acquiert une place de choix puisque l’information demeure son étoile polaire.

Le journalisme mérite alors une attention particulière aux regards de son fonctionnement, sa manière de faire. Ainsi, l’on se pose la question suivante : c’est quoi le journalisme?

Question à laquelle le lecteur se doit de trouver une réponse satisfaisante lui permettant de  bien comprendre l’essence de ce métier.

Question qui pique aussi notre curiosité intellectuelle en tant que professionnel, professeur de communication et chercheur. Donc, l’occasion opportune de jeter un profond regard sur ce  dernier afin d’analyser ses forces et faiblesses, son fonctionnement, de le situer surtout dans le contexte haïtien en évoquant son rôle principal.

Le journalisme c’est quoi?

A première vue, le journalisme est un embranchement, une subdivision des sciences de communication ayant pour fonction première d’ « informer » en éclairant  la lanterne du public à travers des informations vérifiées, traitées et fiables. Jean Blaise Held, dans son         document d’introduction générale au journalisme (2011), l’a défini comme un métier de médiation, de communication. Pour Colette Brin et  al. le journalisme recouvre une pratique  discursive sur  des objets réels d’intérêt public.

Par rapport à certaines dérives constatées dans la pratique de ce métier, les questions suivantes méritent quelques éclaircissements :

Comment devenir Journaliste?

Comme tout autre métier, pour devenir journaliste, il faut en tout premier lieu fréquenter une école de communication « reconnue », où l’on va acquérir des notions de base en  communication à travers des cours particuliers comme (Intro. à  la communication,                  journalisme I&II, techniques d’interview, enquête, diction, reportage, écriture journalistique,  etc.). Ensuite, après son diplôme de fin d’étude, il faudrait (suivant le niveau) faire un stage   dans un média   afin de marier la théorie et la pratique. Après, suivant le résultat du stage,  le stagiaire  est qualifié ou pas pour être embauché comme journaliste.

Contrairement de l’avis des autres, on ne peut donc devenir journaliste en apprenant sur le tas.  Comme c’est le cas de plusieurs soi-disant « journalistes », qui n’ont que des expériences ou des “pratiques Radio”, qui observent ce que font les autres et croient pourtant être journalistes. Il faut aussi distinguer le journaliste du travailleur de presse. Ils ne sont pas malheureusement    synonymiques ni ne remplissent la même fonction. Par contre, le journaliste est aussi un travailleur de presse, mais un travailleur de presse n’est pas forcément un journaliste. Mais, il faut absolument retenir ceci : « le journaliste est un esclave d’actualité, un chercheur d’informations  fiables, authentiques ».

C’est dans ce contexte que Diane Lamoureux eut à dire que le « journaliste est un amoureux de la vérité ». Ces informations doivent être vérifiées et traitées par ce dernier en vue d’éviter mensonge, confusion et diffamation. Le journaliste a donc pour devoir de faire la toilette de l’information avant toute diffusion possible. Car, il est le reporter fidèle, le juge impartial du public. Le                        journaliste  ne devrait être un show off ni une super star qui fourvoie le public. Comme certaines personnes s’amusent à faire sur les réseaux sociaux et même dans certains médias. Ils diffusent n’importe quoi comme informations et qui, dès fois, sont relayées par des “journalistes” comme nouvelle. Un désordre qui mérite absolument d’être stoppé.

Regard sur certains journalistes, certains patrons de médias

Cette lutte acharnée pour monopoliser la parole, gagner l’opinion publique, augmenter son  capital économique et sa fréquence d’écoute entre autres donne naissance à toute une pluralité de  médias, qui poussent comme des « Djondjon » en Haïti. A preuve, la bande FM est  nettement         saturée. Pourtant, le problème ne se réside pas vraiment dans la quantité, mais plutôt dans   la qualité des services offerts par ces médias. A cela, on se pose la question est – que les médias maîtrisent effectivement ses principales fonctions?

Toutefois, les médias ont évidemment besoin de vrais journalistes ou travailleurs de presse pour assurer leur fonctionnement. A bien constater, Certains médias ne respectent pas les principes   auxquels on doit recruter un journaliste. N’importe qui peut être journaliste, pourvu qu’il dise  être capable ou avoir des expériences de Radio. De plus, les patrons de ces médias, sous base  d’un salaire de misère dont le journaliste est consentant, acceptent de l’intégrer. Sans pour autant tenir compte des conséquences que  cela pourrait causer à leur institution.

Aujourd’hui, il suffit  d’avoir une belle voix, grasse et aiguë pour être présentateur, reporter, analyste, etc. dans certains médias. Les notions de base n’ont pas vraiment de grande  importance pour eux. Or, à force d’une mauvaise application des notions et théories    communicationnelles, les genres journalistiques risqueraient d’être mélangés et désordonnés. On se perd totalement. Chacun fait son travail à  sa façon, non pas en fonction du code de déontologie journalistique. Ce faisant, les critiques pleuvent  sur les réseaux sociaux concernant certains journalistes dans certains médias, qui se complaisent à la destruction du métier.

D’autres, en raison de manque de professionnalisme, les appellent de préférence des « vendeurs de micro, des  charlatans ».

Le journaliste face à l’éthique du métier

Le journalisme est un métier sensible et fragile. C’est pourquoi on exige l’indépendance et l’impartialité du journaliste par rapport aux faits et aux dossiers à traiter. Comme le souligne également Deborah Potter, le journaliste s’efforce de rester indépendant des personnes ou des organisations dont il parle. Il n’a pas à faire des négociations ni tomber dans la compromission pour accéder à quoi que ce soit. Pour cela, des conditions sine qua non du code de déontologie s’imposent. Parmi ces conditions, citons quelques-unes :

– Véracité et authenticité des faits

– Traitement de l’information

– Impartialité en période électorale

– Cadeaux et gratifications

– Le devoir de compétence, etc.

Il est clair que, sous quelle que soit la forme, le journaliste se doit toujours de garder sa distance par rapport aux offres. En effet, Il faut tout refuser pour un travail équitable, objectif et exhaustif dans l’exercice de ce métier. Le journaliste doit toujours faire preuve de professionnalisme, du respect des normes du   métier. Ne rien échanger avec quiconque pour accéder à l’information ni pour faire quoi que  ce soit. Rester toujours cohérent dans ses analyses tout en se dépouillant du veil homme. L’objectivité est de rigueur.

Il faut aussi souligner que les journalistes, compte tenu du risque et de la sensibilité du métier, méritent un salaire raisonnable capable de répondre correctement à leurs besoins. Comme tant d’autres employés, ils doivent accéder à certains avantages sociaux. Donc, Il revient aux        patrons des médias d’y penser.

Importance du journaliste dans une société

Dans toute société, le journaliste joue un rôle prépondérant en matière d’informations. Puisque son objectif premier est de chercher l’information authentique pour le public. Il est     donc important comme le sang, l’oxygène et l’air l’est pour l’homme. Car le journaliste  représente les yeux, les oreilles du public. Il est le témoin oculaire qui, dans son style, fait   revivre les faits à travers les outils ou techniques communicationnelles (reportage, interview, etc.). Voilà pourquoi le journaliste doit cultiver la prudence, l’impartialité, le sens du sérieux  et de professionnalisme dans l’exercice du métier.

In fine, le journaliste ne peut être n’importe qui. C’est un éclaireur avisé, un chasseur d’informations authentiques. Il doit maîtriser ce qu’il dit, avoir l’esprit de synthèse et doter d’une grande culture générale. Le journaliste ne peut être un quidam, un menteur, un manipulateur ni un déformateur. C’est un informateur professionnel. Il est le seul en qui, après avoir consulté sa source ou vérifié son information, on peut faire confiance. De ce fait, il a pour obligation de faire son travail avec soin et en toute probité. Il est donc nécessaire pour que le journaliste jette toujours un coup d’œil dans le code de déontologie journalistique en vue d’appliquer correctement les principes qui y sont relatifs pour détromper le public de ce   que font certains charlatans. Le métier de journaliste est exigeant, c’est pour cette raison il demande à ses pratiquants de faire un dépassement de soi, de sortir de toute subjectivité pouvant empoisonner soit une enquête soit une information.

Jean Marc SENATUS

Communicateur social

jnmarcsenatus@gmail.com

 

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