Haïti-Politique : Le président Jovenel Moïse devra répondre aux questions de la justice en temps et lieu, dixit Wendelle Thelot Coq

P-au-P, 16 déc. 2017 [CoupDoeil] —  « En temps et lieu, le président aura à répondre aux questions de la justice, car il a violé la Constitution », a déclaré la vice-présidente de la Cour de cassation, Wendelle Thelot Coq, lors d’une conférence de presse tenue, le vendredi 15 décembre 2017, dans les locaux du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ).

Les juges ont lancé cette contre-attaque suite aux déclarations incendiaires du chef de l’État Jovenel Moïse, voulant tenter de ternir l’image de la justice haïtienne, déjà en proie à de sérieuses difficultés de fonctionnement, en raison d’un maigre budget octroyé à l’appareil judiciaire.

Ce qui a déclenché la colère des membres  du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), c’est le fait que le locataire du palais national (toujours en ruine), eut à dire qu’il a été contraint de nommer, « sous pression, une cinquantaine de juges corrompus dans le système judiciaire » lors de sa visite en France.

Ces déclarations, jugées blasphématoires, constituent une tentative de mettre en péril l’indépendance du pouvoir judiciaire et une violation de l’article 136 de la Constitution de 1987. Le fait par Jovenel Moïse d’avoir accepté de renouveler le mandat des juges corrompus montre qu’il est incompétent, dénote Mme Coq.

« Si prezidan konnen se jij yo lap afekte, se tèt li l ap kondane paske atik 136 Konstision an di kisa pou l fè », a tonné Mme  Wendelle Coq,  arguant qu’au moment opportun, le président va être jugé avec  tous les corrompus, reprenant les propos du quotidien Le Nouvelliste.

Fort de ce constat, le CSPJ, n’y va pas par quatre chemins, pour exiger des excuses publiques sur-le-champ.

« Dès son arrivée à l’aéroport Toussaint Louverture, on aimerait bien entendre que le président s’excuse pour ses propos désobligeants tenus à l’encontre du pouvoir judiciaire. Car les trois pouvoirs sont condamnés à travailler ensemble dans l’intérêt de la nation » nuance Dilia Lemaire, la représentante de la société civile au sein du CSPJ.

Incompétent, irresponsable, maladroit, légèreté

Les membres du CSPJ ont dénoncé avec fermeté les déclarations inopportunes  du chef de l’Etat à Paris, au cours desquels, il a voulu en finir avec l’appareil judiciaire. Bien que ce ne soit pas le premier qui a voulu mettre la justice sous sellette. Selon le juge de la Cour d’appel Max Élibert, cette fois-ci, le président Jovenel Moïse va trop vite en besogne. Ce qui lui a fait piquée une colère froide.

Comment un président peut-il dire qu’il a été contraint de nommer  50 magistrats corrompus, pendant qu’il est le garant  de la bonne marche des institutions? s’est-il interrogé.

Il a précisé que le président n’a pas fait de nomination, car la liste qui lui a été  soumise ne contient  que des magistrats  qui sont déjà dans le système. Il s’agit plutôt du renouvellement de mandats des juges.

Sur les 75 magistrats qui lui ont été envoyés, seulement 50 d’entre eux, ont vu leur mandat renouvelé, a-t-il précisé. Quand bien meme que la liste avait des juges corrompus, il revient au président de de décider de ce qui doit être approuvé ou pas, car il est le garant de la bonne marche des institutions. Pas besoin de faire un scandale sur la place publique en terre étrangère, lâche-t-il, ajoutant  qu’il y a des juges honnêtes dans le système qui n’ont pas été reconduits par le chef de l’État.

Jean Élie Paul

Source Photo : Le Nouvelliste

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