Haïti-Economie : Protégeons nos bourriques!

Par  Therno N. A. Sénélus

Des ânes dans une écurie dans le département du Centre. /Photo : Therno N. A. Sénélus.

P-au-P, 16 juin 2018 [COONEWS] — La population d’ânes (bourriques) est en passe d’être disparue dans les dix départements géographiques du pays. Une enquête révèle qu’un réseau de deux entreprises issues de la République d’Haïti et du Pérou pratique le commerce de la peau d’âne ayant pour destination finale la Chine pour la production de « Ejiao ». Donc, le commerce de la peau d’âne se prolifère au niveau des communautés haïtiennes. D’aucuns s’interrogent sur ce phénomène en Haïti : à quand le tout dernier ?

Le commerce d’ânes inquiète les gens notamment la population rurale haïtienne. Une investigation diligentée dans les communes de la République révèle que deux entreprises : l’une haïtienne (lieu d’achat des ânes) et l’autre du Pérou (fournisseur) pratiquent, ces dernières années, le commerce d’ânes dans les zones rurales haïtiennes. Mais, au-delà du commerce de la peau d’âne, quelles en sont les conséquences ?

La Chine compte maintenant sur les importations de la peau d’âne pour répondre à sa demande « La gélatine ». Produite à partir de la peau d’âne, la gélatine est un ingrédient clé de l’un des remèdes traditionnels chinois, appelé ejiao, qui est utilisé pour traiter plusieurs maux. Ejiao est considéré comme l’un des trois trésors de la médecine traditionnelle chinoise. Selon une source, le remède est utilisé pour traiter un large éventail de maux, du simple rhume à l’insomnie et l’impuissance et la demande sur le marché chinois est en plein essor. Toujours pas de preuve médicale pour parler de l’efficacité de l’ejiao.

Importance des équidés

L’opinion pourrait être divisée à savoir si c’est une opportunité commerciale ou une menace pour les communautés pauvres qui s’appuient sur les équidés principalement les ânes. Il est probable que dans le long terme, le commerce va créer des perturbations sociales et économiques dans un pays où près de 50 % de la population est rurale et que le transport de produits de base provenant de ces régions reculées se repose principalement sur ces animaux de traie. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur les marchés des bourgs pour comprendre l’importance de cette famille d’animaux. Ils transportent les gens, les marchandises, les récoltes des jardins inaccessibles aux foyers et des foyers aux marchés. Dans certains endroits, les équins sont utilisés dans la traction pour l’attelage. Sans eux, la perte post-récolte qui tourne autour de 40 % en Haïti serait encore plus lourde. Et, ceci avec l’économie que ça épargne en carburant.

Des peaux d’ânes empilés dans un lieu d’abattage dans le département de l’Ouest à
destination de la Chine. /Photo : Therno N. A. Sénélus.

PRODUCTION ANIMALE

Tenant compte de la quantité de récoltes qu’on perd chaque année à cause de l’inaccessibilité aux zones de production, on peut dire d’une manière succincte que les espèces équines sont d’une importance fondamentale. À titre d’exemple, dans le transport des denrées agricoles, surtout quand les routes rurales sont enclavées donc quasi inaccessibles aux véhicules (motocyclettes notamment). Cela constitue un grand apport à l’économie rurale. Bref, les équidés sont des moyens de subsistance et de sécurité alimentaire. Cependant, les équidés font face à de graves problèmes. Citons des services vétérinaires inaccessibles, pas un programme d’éducation des propriétaires d’équins pour les enseigner les bases du bien-être animal et mettant en lumière les bénéfices apportés par de bons soins.

Qu’en est-il de la consommation des équidés ?

Ces ânes, une fois tués, quelle est la destination de ces viandes ? Sont-elles utilisées à la place de la viande bœuf/cheval ? Tenant compte sur le plan culturel que les consommateurs haïtiens ne mangent pas la viande d’ânes. Bien que celle de chevaux (communément appelé chameau) s’est, au fur et à mesure, installée depuis deux décennies dans quelques points fixes du Nord-Est et d’autres recoins du pays : chevaux de traie et chevaux de boucherie. Mais avec l’abattage effréné, ces derniers mois, des ânes avec comme produit principal la peau, la viande pourrait être frauduleusement introduite et consommée à l’insu de la volonté des consommateurs. Le pire, les animaux utilisés pourrait être les plus malades, vieux souffrant ou souffrant de pathologies les incapacitants à travailler. Vu que le produit phare est la peau, cela ne devrait pas sensibiliser les acheteurs et les conditions d’abattage laissent à désirer comme le cas pour d’autres espèces de boucheries.

D’autres considérations : dans certains pays d’Afrique subsaharienne principalement, la viande d’équins a toujours été utilisée pour la consommation humaine par ce qu’elle est moins chère et très accessible. Pour certaines régions de la Chine, c’est même une tradition populaire, cette viande est très prisée et donc très chère.

Considérations : Eleveurs ne reproduisent pas les ânes pour trouver des ânes, ils font de préférence un croisement âne x cheval pour trouver un mulet (hybride). Pourvu qu’il n’y ait aucun programme de contrôle des équins, à ce rythme d’abattage, on risque dans un avenir pas trop lointain de voir une réduction drastique de la famille des équidés de notre faune qui pourrait s’apparenter à une famille d’animaux en danger d’extinction. Ce qui résultera en une répercussion plutôt négative sur les moyens d’existence des populations rurales à accès difficile avec implication directe sur notre biodiversité.

Les équins sont considérés comme des espèces à renouvellement lent vu que leur durée de gestation dure 12 mois environ (âne : 365 jours ; jument : 330-342 jours) et, il faut l’accouplement d’une jument et d’un âne pour parvenir à la naissance de mules qui sont elles-mêmes des hybrides généralement stériles. Ce qui implique le peu de mules dans le monde.

Somme toute, l’État (pouvoir central) aurait grand intérêt à intervenir pour réguler cette filière qui, d’une part, représente une rentrée, mais surtout pour veiller aux possibles répercussions pour le moins néfastes sur la réduction ou la disparition de cette famille d’animaux de notre faune. Plus d’un croit que seul un partenariat public/ privé, gouvernemental/société civile et ONG est nécessaire pour pallier ce problème qui sévit dans le pays. Sinon, il ne serait pas alarmiste de se demander : à quand le tout dernier.

Source:  http://www.lenational.org/protegeons-nos-bourriques/

 

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