Haïti-Cinéma :« Malere pati ! gran nèg vwayaje ! », Soirée de choc à l’hôtel El Rancho

P-au-P, 12 mai 2018 [COONEWS] — « Tout pour le statut » est le titre du dernier film documentaire de Valery Numa(VN), un véritable effort citoyen  qui illustre et fait découvrir  les facettes réelles, préoccupantes et imposantes de la vraie « Haïti en dehors » : le cas des USA.

La première sortie de ce nouveau film de VN a lieu  à l’hôtel EL Rancho de Pétionville dans une salle «  Epicure »  pleine à craquer le 26 avril 2018.

En levée de rideau, trois artistes du terroir dont un du patelin du cinéaste ont égayé l’auditoire : Censini, Jameson Jean-Louis de Camp Perrin et  Marc Donald Souffrant.  VN leur a laissé la place devant l’assistance après avoir déploré «  l’obligation de s’accommoder »  dans un hôtel, conséquence de la fermeture de toutes les salles de Cinéma de la Capitale : Impérial, Triomphe, Rex Théâtre, Paramout, Capitol etc.

Après le Brésil et le Chili, VN, longtemps vigile de la cité  à P-au-P, s’est mué en «  pèlerin de la migration », véritable porte-parole  et  photographe  des réussites et  misères des Haïtiens en terres étrangères.  Cette fois, VN a visité la diaspora au  pays de l’Oncle Sam, terre  de toutes les opportunités, qui se transformera, le délai  du TPS vaincu, en « land » de toutes les désillusions et de toutes les  angoisses pour ceux de nos compatriotes qui, par négligence ou ignorance, n’ont pas su ou pu changer de statut.  Des 59000 recensés officiellement par les Services  Migratoires Américains, 41.000  sont menacés !   18.000, environ, soit 30%,  sont parvenus à  sortir d’embarras.

Trois options s’offrent au reste : 1o) Vivre illégalement aux USA  après juillet 2019 et y mener une vie cachée 2o) Trouver un autre pays d’accueil 3o) Se résigner à réaliser le grand « come back » à Haïti »

La trame du film décrit les efforts déployés par certains expatriés  pour régulariser leur statut.  Nombre d’entre eux  sont victimes de leur ignorance et ou de leur propension à « jouer au marron ». Marlène Bastien et d’autres  leaders haïtiens  blâment ces patrons de comportement devenus suicidaires pour plus d’un : « Nos compatriotes aiment passer par la petite porte ! ». « Même à leur propre avocat, ils ne disent pas tout ou ne disent pas la vérité ! ».

Un cas à la fois rocambolesque et révoltant est  épinglé par VN pour l’assistance : « Un croyant chrétien, victime du bondieubonisme ! »  Le concerné  a séché un rendez- vous avec l’immigration parce que le pasteur de son église lui avait jeté : « Ne vous en faites pas ! Jésus va s’en occuper. »

  Le TPS( Temporary  Protecded Status) dans le concret

Dans le milieu étasunien de nos jours, le TPS est devenu un juron ! «Moun rezide! » vs « Moun TPS ! ».  Le TPS a existé depuis 1990, longtemps avant le séisme du 12 janvier 2010, qui a emporté plus de 300.000 vies dans les départements de l’Ouest et  de Nippes d’Haïti.   C’était le 21 janvier 2010 que- le Président Obama qui s’était écrié après le drame sismique: «  Nous sommes tous haïtiens ! »- a ouvert  la vanne TPS  aux Haïtiens.  En effet, pris de panique générale,  ils fuyaient par bandes vers d’autres pays : Canada, France et surtout les USA.  Alors, la main humanitaire était forte et les promesses d’aide nombreuses et milliardaires!

Sœurette Michel en parle dans le film : «  Les haïtiens ont commencé à appliquer pour le TPS à partir de fin janvier et début de février 2010.  Les motifs de requête du TPS sont multiples et divers : Quête d’une vie meilleure, études,  document légal pour travailler et vivre aux USA, etc.  Tout le monde n’a pas pu bénéficier du TPS. Tout le monde n’était pas éligible ! Cependant, nombre de nos compatriotes qui ont connu l’esclavage pendant 15, 20 ans aux USA,  comme «  bonnes » dans les maisons de particuliers haïtiens et gardés dans l’ignorance et l’obscurité par leurs exploiteurs, ont pu intégrer les lots et détenir le TPS.

Selon l’ambassadeur Altidor « les menaces de déportation ne sont pas une surprise pour les responsables de la diplomatie  haïtienne. À n’ importe quel moment, les décideurs américains pourraient mettre fin au programme.  Il n’existe pas d’extension perpétuelle pour le TPS. »  Plusieurs congressmen américains se sont penchés sur la situation des détenteurs de TPS en 2007.  Mais, ils n’ont pas eu gain de cause.  Car, les autorités haïtiennes n’ont pas apporté le concours qu’elles devraient.  Ajouté à tout cela, la rengaine  qui veut que si on régularise tous les détenteurs de TPS haïtiens, on assistera à une véritable invasion des USA par les nationaux de ce pays.  En tout état de cause, la non régularisation des intéressés est considérée comme un échec pour les USA qui n’a pas su protéger ceux à qui ils ont attribué en toute bonté le TPS.

Les détenteurs du TPS n’ont pas la vie facile aux USA.  Ils ont seulement le droit de travailler…  Ils n’ont pas d’aide financière, pas de bourses d’études, pas de « food stamp ». En clair, « on peut affirmer qu’ils ne travaillent que pour payer des taxes » a fait remarquer la Sénatrice haitiano-américaine Daphne Campbell. Comme « ils ne peuvent pas voter, ils ne sont pas importants pour les USA » soutient, pour sa part, le jeune Jean Bradley Dorenoncourt, élu de Massachusset.

Les Essais de Solution

On a donné le TPS pour permettre aux haïtiens de se débrouiller.  Car, Haïti ne figure pas sur les listes de loteries en usage aux USA.   Dès qu’il s’agit des haïtiens, tout devient difficile aux USA. Face à cette réalité qui touche à la vie de nombre d’entre eux, les haïtiens se sont constitués en coalitions pour faire entendre leur voix. L’Haïti, victime de Choléra, exposée aux  tremblements de terre, aux cyclones et sans programmes pour les vieillards n’est vraiment pas prête pour accueillir la masse de ses enfants expatriés.  Mais, «  Malgré la décision de Homeland Security,  la lutte va continuer ». C’est Jude V. Tranquille qui prescrit la vraie solution : « Haïti manque d’opportunités ! La base du problème est en Haïti. Il faut que le pays créé des entreprises et des jobs! ».

«  Il n’y a pas de limites dans la façon de s’organiser des haïtiens pour le combat ». Le «mache prese » est effectif !  On se marie.  Les enfants appliquent pour les parents.  Parmi les immigrants, l’on doit compter 27.000 enfants américains issus de parents haïtiens.  Certains employeurs se mêlent de la lutte.  Les Etats-Unis ont toujours besoin de professeurs.  Les écoles donnent des bourses.  Les frères pour les sœurs et vice-versa.  Mais, le moyen  le plus sûr pour obtenir la résidence est le mariage.

Les migrants à succès

Comme il est de coutume dans les films du cinéaste Numa, l’autre côté de la médaille est aussi reporté.  Les images de ceux qui ont réussi sont pléthores dans «  Tout pour le Statut ».

Le film fait ostentation de la réussite de quelqu’un, comme Frajjé Jean Baptiste, un brillant « designer » qui a su trouver une formule mixte pour que son entreprise puisse utiliser la main d’œuvre bon marché d’ Haïti et parvenir à gagner le marché américain. L’évocation d’une robe de son cru portée par la première dame des USA, Madame Michèle Obama, dit tout quant au succès du styliste originaire de Pestel, en Haïti. Genal Louis, détenteur d’une licence d’état, travaille dans une entreprise financière. Elizabeth Fabien est graduée de FIU (Florida International University). Elle est analyste financière et écrivain. Elle  est détentrice d’une licence en «  Insurance and investment ». Farah Larieux ex-manager de Zenglen, fait la promotion de la culture haïtienne. Yvelot Branvil est détenteur d’un “associate degree in Hotels and Resorts business”. Et,  il résume : «  Pòt ki ouvè pou mwen Ozetazini, mwen pa tap janm jwenn li an Ayiti ! » Yvelot Branvil est musicien et chanteur. Teshler Sénat est le premier membre de toute sa famille à prendre un avion.  Il a connu le «  success story economic » aux USA. Il a plusieurs centaines de gens qui travaillent sous ses ordres et compte plus de 7000 clients dans son entreprise. Josué Duverna, PDG de  « zoom group » ne travaille que  6 mois l’an.  Il est originaire de Marre Rouge et possède maisons et terrains aux USA.  Il a défrayé, en grande partie, le coût des voyages de VN pour la façon du film.

Au-dessus de tous, un ambassadeur dynamique : Paul Altidor.

L’ambassade d’Haïti qu’il gère à Washington est la plus visitée : tourisme, tours, cours de cuisine, cours de langue créole à toute la communauté de la ville.  Le temps maximum pour la délivrance d’un passeport à l’ambassade est une heure de temps tandis qu’à Miami, la transaction exige 3 à 4 jours.

Dans cette saga, donc,  nombreux sont ceux qui ont pu se tirer d’affaire : Elizabeth Fabien, Yvelot Branvil qui a survécu des décombres,  Farah Larieux, etc. Elle avait décidé de se suicider.  Elle ne l’a pas fait grâce au souvenir de sa maman restée en Haïti et au concours des membres du groupe musical « Zenglen ».

Enfin, VN s’est dépensé en remerciements adressés à ses collaborateurs et sponsors : Sœurette Michel, Cassandre Trazybule, Jacques Adler Jean Pierre, Nora Joseph, Myria Charles ( Sister M), Stephanie Figaro, Henock Arisma, Mackendy Jeune, Jean Marie Plantin, Ambassadeur Paul Altidor,  Forges Forest, la Sénatrice Campbell et Mr Koldo Echebarría représentant de la BID( banque Interaméricaine de Développement)  qui fait office de sponsor officiel du film.

Journaliste, devenu cinéaste et chantre de la vraie « Haïti en dehors » Valery Numa mérite bien de la patrie!

 

Par Professeur Amary Joseph Noël

Coordonnateur Général de la Coordination Nationale de la Société Civile Haïtienne(CONASCH) et de la Confédération des Haïtiens pour la Réconciliation(CHAR)

Encadreur Principal du Groupe de Réflexion sur la Sécurité et la Défense Nationales(GRSDN)

 

Crédit photo: rfi.fr

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