Haïti / AHJEDD / OSCFPH / Symposium: Réflexions autour de la bonne gouvernance économique et financière

Photo: Ambassade Américaine
Légende : Vue partielle des membres du comité exécutif
de l’AHJEDD. │Photo : Hansy Mars

P-au-P, 28 fev. 2019 [COONEWS] — Pour marquer leur premier anniversaire, l’Association haïtienne des journalistes économiques pour le développement durable (AHJEDD) et l’Observatoire de la société civile sur les finances publiques haïtiennes (OSCFPH) organisent le jeudi 17 janvier 2019 à Pétion-Ville (hôtel Villa Thérèse), une conférence-débat autour du thème : « Bonne gouvernance économique et financière, corruption et développement durable. » Des économistes Fritz Gérald Chéry, Etzer Emile et Pierre Marie Boisson ont pris part à cette activité.

C’est l’économiste Etzer Emile qui a lancé les échanges avec quelques constats. Dans ses propos, il a lâché que l’économique a toujours été le grand absent dans les réflexions au plus haut niveau dans les différents secteurs, affirmant que la planification économique n’a jamais été un réflexe. Remettant en question la vocation de certains ministères dont celui de l’Économie et des Finances et de la Planification, Etzer Emile a martelé qu’on n’est pas dans une dynamique de planification du développement économique, de gouvernance […]. Et, dans ses considérations, il s’interroge sur l’existence d’une gouvernance économique quand les objectifs ne sont pas définis et poursuivis. Pour illustrer, il a pris l’exemple de l’échec du protocole du cash management…

Avec de multiples contraintes de gouvernance économique évoquées, l’économiste a parlé d’une « crise de gouvernance économique en Haïti », poursuivant que le système ne répond pas aux tentatives. « Nous ne sommes pas arrivés à construire cette stabilité économique. À preuve, en témoignent le déficit de la balance commerciale, de paiement et de l’inflation. »

En outre, le professeur avance que la gouvernance économique n’a pas son sens si elle n’accouche pas de la croissance, l’emploi et la stabilité économique. Ainsi, il déduit que la gouvernance économique supposerait donc un modèle économique par le biais d’une redéfinition des institutions publiques.

De son côté, le Dr Frédéric Gérald Chéry a fait une présentation axée sur l’administration et la gouvernance en Haïti. Et il a été clair. « Un gouvernement ne peut pas faire de la bonne gouvernance avec le savoir importé et arriver à la stabilité politique. »

Comme les autres conférenciers, Pierre Marie Boisson, PDG de la Sogesol, est intervenu sur le rôle du secteur privé dans la gouvernance économique en Haïti. Dans sa présentation, il a fait certaines considérations relatives à la gouvernance économique et la corruption dans le pays. En filigrane, l’économiste relate que le gaspillage des ressources publiques fait plus de tort à la nation que la corruption.

Dans sa radiographie, M. Boisson révèle que l’économie haïtienne se passe à l’étranger, le PIB haïtien est à l’étranger, la classe moyenne est à l’étranger et 75 % des revenus de l’État sont liés à l’importation. Plus loin, il a fait savoir que la diaspora haïtienne à l’étranger produit près de 30 milliards de dollars américains alors que les 11 millions d’Haïtiens vivant en Haïti génèrent à peu près 8,6 milliards. « Environ 83 % des Haïtiens qui détiennent un diplôme sont à l’étranger. Fort de ces considérations, l’économie haïtienne est donc une économie de consommation […] », a renchéri le PDG de la Sogesol.

Pour une bonne gouvernance économique, Pierre Marie Boisson recommande à ce qu’il y ait une réorientation de l’aide externe en Haïti, et que le budget fasse l’objet du dialogue public (il doit commencer avec la société civile dès le mois d’octobre prochain). La société haïtienne doit aussi contraindre à l’État de ne pas légiférer à partir des lois de finances et des lois fiscales. Celles-ci, souligne-t-il, doivent également être l’objet de lois séparées, votées.

Rappelons que dans cette activité, dont Luckner Garaud et Acenel Laurent étaient respectivement maître de cérémonie et modérateur, le coordonnateur général de l’AHJEDD, Hansy Mars a présenté les différentes étapes de la naissance de l’Association et son bien-fondé. Et, l’assistance, pour sa part, était composée de journalistes, de membres de la société civile, des cadres de la Banque de la République d’Haïti (BRH) et bien d’autres personnalités.

Therno N. A. Sénélus

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